En bref
Pour former ses salariés à l’IA générative, partez des tâches réelles de chaque métier, fixez un cadre d’usage (outils autorisés, données interdites, vérification des réponses) et formez d’abord la direction, les managers et les fonctions qui manipulent des données sensibles. Le règlement européen sur l’IA oblige les entreprises qui utilisent des systèmes d’IA à prendre des mesures en faveur de la maîtrise de l’IA de leur personnel, sans imposer, selon la Commission européenne, de formation type ni de certificat. Mesurez ensuite les usages installés et ajustez le plan de formation.
Par où commencer pour former ses salariés à l’IA générative ?
Commencez par un état des lieux des usages, des outils et des données concernées : c’est lui qui détermine qui former, sur quoi et avec quelles règles. La CNIL recommande d’ailleurs de partir de besoins concrets plutôt que de déployer un outil d’IA générative sans objectif précis.
- Recenser les usages existants, y compris ceux qui ne sont pas déclarés : un questionnaire anonyme ou quelques échanges par service révèlent les outils utilisés, les tâches et les données concernées.
- Repérer les tâches qui prennent du temps : courriers, comptes rendus, synthèses de documents, préparation de supports, réponses aux questions récurrentes. Elles deviendront les cas pratiques de la formation.
- Décider des outils autorisés et de la façon d’y accéder, avec des comptes professionnels plutôt que personnels. Si le choix n’est pas fait, notre comparatif ChatGPT, Claude, Gemini ou Copilot propose des critères.
- Fixer des règles minimales avant la première session : données à ne jamais saisir, vérification de chaque réponse, responsabilité de l’utilisateur sur le contenu final.
- Définir des objectifs par groupe, formulés en tâches : « rédiger un compte rendu de réunion à partir de ses notes, puis le vérifier » plutôt que « savoir utiliser l’IA ».
Former ses salariés à l’IA est-il obligatoire ?
Aucune formation type n’est imposée, mais le règlement européen sur l’intelligence artificielle oblige les entreprises qui utilisent des systèmes d’IA à agir pour la maîtrise de l’IA de leur personnel. Les éléments ci-dessous sont présentés à la date de mise à jour du guide.
Ce qu’impose le règlement européen sur l’IA
Le règlement (UE) 2024/1689 encadre l’IA selon les risques : pratiques interdites, exigences renforcées pour les systèmes à haut risque, obligations de transparence pour certains usages. Son article 4, consacré à la maîtrise de l’IA, s’applique depuis le 2 février 2025 aux fournisseurs et aux déployeurs de systèmes d’IA, c’est-à-dire notamment aux entreprises qui les utilisent dans leur activité professionnelle.
Modifié par le règlement dit « omnibus » sur l’IA, entré en vigueur le 27 juillet 2026, cet article n’exige plus un niveau « suffisant » : l’entreprise prend des mesures pour soutenir la maîtrise de l’IA de son personnel et des personnes qui utilisent ces systèmes pour son compte, en tenant compte de leurs connaissances, de leur expérience et du contexte d’utilisation, sans devoir garantir un niveau précis pour chacun.
Ce que précise la Commission européenne
- Les usages courants sont concernés : la Commission cite le cas d’une entreprise dont les salariés utilisent ChatGPT pour rédiger des textes publicitaires ou traduire ; ils doivent être informés des risques, comme les hallucinations.
- Pas de format imposé : les actions s’adaptent au rôle de l’entreprise, aux risques des outils et au profil des personnes. Se contenter de faire lire les notices d’utilisation peut toutefois se révéler inefficace.
- Ni certificat ni structure imposés : l’entreprise peut tenir un registre interne des formations et autres actions menées, et aucun « responsable IA » n’est exigé au titre de cet article.
- Systèmes à haut risque : certains outils, comme les logiciels de tri de candidatures, relèvent d’exigences renforcées, dont la formation des personnes chargées du contrôle humain. Dans les domaines sensibles, dont l’emploi, ces règles s’appliqueront à partir du 2 décembre 2027.
Ces précisions figurent dans les questions-réponses de la Commission européenne sur la maîtrise de l’IA.
Ce que prévoit le Code du travail
L’employeur assure l’adaptation des salariés à leur poste et veille au maintien de leur capacité à occuper un emploi, notamment au regard de l’évolution des technologies (article L6321-1). Dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le CSE est par ailleurs informé et consulté sur l’introduction de nouvelles technologies (article L2312-8) : un point à anticiper avant de généraliser un outil d’IA.
Qui former en premier ?
Formez d’abord ceux qui décident et encadrent, puis les fonctions les plus exposées aux risques, avant d’élargir à l’ensemble des équipes.
- La direction arbitre les usages prioritaires, les outils autorisés et les moyens. Sans cette étape, les règles restent floues.
- Les managers et les futurs référents répondent aux questions du quotidien, font appliquer les règles et repèrent les usages utiles dans leur équipe.
- Les fonctions qui manipulent des données sensibles (RH, juridique, finance, relation client) : les risques y sont plus élevés, la formation insiste sur les données et la vérification.
- Les utilisateurs déjà actifs : leurs pratiques sont à consolider, et ils peuvent devenir des relais.
- L’ensemble des salariés : une sensibilisation courte aux règles et aux risques, y compris pour ceux qui n’utilisent pas l’IA, car chacun peut recevoir des contenus générés ou être visé par une fraude utilisant l’IA (faux message, voix imitée).
Dans une petite entreprise, cet ordre se resserre : dirigeant et salariés peuvent être formés ensemble, sur les mêmes cas concrets. Pensez aussi aux prestataires qui utilisent des outils d’IA pour le compte de l’entreprise : selon la Commission européenne, ils peuvent entrer dans le champ de l’article 4.
Quelle formation IA choisir selon le profil ?
Choisissez la formation d’après ce que chaque personne doit savoir faire à l’issue, et non d’après le nom d’un outil : un dirigeant, un chargé de recrutement et un référent conformité n’ont pas les mêmes besoins.
| Profil | Besoin principal | Formation du catalogue |
|---|---|---|
| Dirigeants, comité de direction | Prioriser les usages, évaluer les risques, fixer la gouvernance | IA pour les dirigeants |
| Managers | Utiliser l’IA dans leurs missions et accompagner l’équipe | IA pour les managers |
| Salariés qui découvrent l’IA | Comprendre l’IA générative et réaliser de premiers usages sûrs | Découvrir l’intelligence artificielle générative |
| Salariés de tous services | Intégrer l’IA dans les tâches courantes, avec un plan d’action | Utiliser l’IA en entreprise |
| Utilisateurs d’un outil déjà choisi | Prendre en main l’outil autorisé par l’entreprise | ChatGPT en entreprise, Claude en entreprise, Gemini pour Google Workspace ou Microsoft 365 Copilot |
| Utilisateurs réguliers | Mieux formuler les demandes et fiabiliser les résultats | Prompt engineering : bien formuler ses demandes à l’IA |
| RH, commerciaux, service client, communication | Travailler sur les cas d’usage propres au métier | IA pour les RH, IA pour les commerciaux, IA et service client, IA et création de contenu |
| Référents IA, DPO, juristes, DSI | Construire la charte, la gouvernance et la conformité | Utilisation responsable de l’IA en entreprise, puis IA et RGPD |
Si les niveaux sont hétérogènes, un questionnaire de positionnement permet de constituer des groupes cohérents.
Quelles règles poser : faut-il une charte IA ?
Oui : la CNIL recommande d’encadrer l’utilisation de l’IA générative par une politique ou une charte interne précisant les usages autorisés et interdits. C’est une recommandation, pas un document exigé par l’article 4 du règlement européen, mais la formation pourra s’appuyer dessus.
Une charte utile tient en quelques pages et couvre au minimum :
- les outils autorisés et leurs modalités d’accès, avec des comptes professionnels ;
- les usages encouragés et interdits, avec des exemples par métier ;
- les données autorisées, soumises à validation ou interdites ;
- la vérification : relecture humaine avant diffusion, contrôle des faits, chiffres et références ;
- les décisions concernant des personnes (recrutement, évaluation, sanction), jamais confiées à l’outil seul ;
- la propriété intellectuelle : pas de reprise telle quelle d’un contenu susceptible de reproduire une œuvre existante ;
- la transparence : quand signaler l’usage de l’IA, compte tenu des obligations du règlement européen pour certains contenus, comme les hypertrucages ;
- le référent à contacter et la conduite à tenir en cas d’incident, par exemple une donnée saisie par erreur ;
- la révision de la charte au rythme des outils.
Bonne pratique : associez à sa rédaction la direction, le DPO, le service informatique et quelques utilisateurs. Pour que son non-respect puisse être sanctionné, faites vérifier par un juriste son support (par exemple une annexe au règlement intérieur) et la procédure associée.
Quelles données les salariés peuvent-ils confier à un outil d’IA ?
Par défaut, uniquement des informations ni personnelles ni confidentielles, tant que l’outil, l’offre souscrite et son paramétrage n’ont pas été validés pour davantage. Avec un service grand public, la CNIL recommande de ne jamais partager de données personnelles ni d’informations couvertes par un secret, comme le secret des affaires.
| Type d’information | Exemples | Règle par défaut |
|---|---|---|
| Informations publiques | Site de l’entreprise, textes officiels, articles publiés | Utilisables, en vérifiant les réponses à la source |
| Informations internes non sensibles | Trame de procédure, plan de présentation, modèle de courrier sans nom | Utilisables dans un outil autorisé par l’entreprise |
| Données personnelles | CV, coordonnées de clients, évaluations, informations de santé | Interdites, sauf outil et usage validés avec le DPO |
| Informations confidentielles | Contrats, prix et marges, projets, savoir-faire, code source | Interdites, sauf outil validé pour ce niveau de confidentialité |
Avant d’autoriser des données sensibles, vérifiez les conditions de l’offre (réutilisation des données saisies, conservation, lieu de traitement), le paramétrage disponible et l’encadrement contractuel. La CNIL recommande notamment un contrat précisant les responsabilités et les accès aux données, et une attention particulière aux transferts hors de l’Union européenne. Un même éditeur peut proposer des offres grand public et professionnelles aux engagements différents : seule compte l’offre effectivement souscrite.
Apprenez enfin aux salariés à retirer les noms et détails identifiants inutiles, sachant qu’un texte « anonymisé » à la main peut rester identifiable par recoupement.
Comment mesurer les effets de la formation ?
Mesurez des usages et des résultats concrets quelques semaines après la formation, à partir d’indicateurs fixés avant son démarrage. L’évaluation de fin de session mesure les acquis ; les effets sur le travail s’observent plus tard.
- Usages installés : tâches désormais réalisées avec l’IA et nombre de personnes concernées.
- Temps : estimation, par les salariés, du temps passé sur deux ou trois tâches ciblées, avant et après, vérification comprise.
- Qualité : corrections nécessaires à la relecture, erreurs repérées avant diffusion.
- Respect des règles : incidents signalés, questions posées au référent.
- Ressenti : aisance, inquiétudes, besoins de formation complémentaires.
La CNIL recommande de recueillir régulièrement l’avis des utilisateurs sur l’utilité et les limites des outils, en particulier dans les premiers temps. Un usage qui ne fait pas gagner de temps une fois la vérification comprise peut être abandonné.
Quelles erreurs éviter ?
La plupart des écueils se jouent avant la première session, dans la préparation plus que dans la technique.
- Former à un outil que l’entreprise n’a pas autorisé : les salariés l’utilisent ensuite avec des comptes personnels.
- Proposer la même sensibilisation générale à tous, sans cas d’usage métier.
- Privilégier les démonstrations spectaculaires aux exercices sur les tâches réelles des participants.
- Passer sous silence les limites : aucun exercice de vérification, aucune règle sur les données.
- Interdire sans proposer d’alternative, au risque de voir les usages se poursuivre hors de tout cadre.
- Annoncer des gains de productivité chiffrés avant d’avoir mesuré quoi que ce soit.
- Ignorer les inquiétudes des salariés : emploi, intérêt du travail, perte de compétences.
Checklist : déployer la formation à l’IA générative
Suivez ces étapes dans l’ordre : elles couvrent la préparation, la formation et le suivi.
Avant la formation
- Usages et outils existants recensés par service
- Outils autorisés choisis ; conditions de l’offre et paramétrage vérifiés
- Première version de la charte rédigée avec le DPO et le service informatique
- Représentants du personnel informés ou consultés lorsque c’est requis
- Publics prioritaires et objectifs de chaque groupe définis
- Cas pratiques préparés à partir de documents sans données sensibles
- Indicateurs de suivi fixés
Pendant la formation
- Positionnement des participants en amont
- Exercices sur les tâches réelles, avec vérification systématique des réponses
- Charte présentée et questions concrètes traitées
- Demandes types (prompts) validées et partagées
Après la formation
- Référent désigné et canal de signalement des incidents ouvert
- Trace des actions conservée : programmes, émargements, supports, charte diffusée
- Point d’étape à quelques semaines : usages, difficultés, besoins
- Charte et plan de formation mis à jour au rythme des outils
Se faire accompagner
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Les outils d’IA et leurs conditions d’utilisation évoluent rapidement : vérifiez les conditions en vigueur de chaque éditeur avant tout déploiement.
Sources et textes de référence
- Maîtrise de l’IA : questions-réponses sur l’article 4 du règlement sur l’IACommission européenne
- Législation sur l’IACommission européenne
- Les questions-réponses de la CNIL sur l’utilisation d’un système d’IA générativeCNIL
- Utiliser l’IA générative dans les TPE et PMECNIL
- Plan de développement des compétences (PDC) pour un salarié du secteur privéService-Public.fr
Sources consultées le 16 septembre 2026. Notre ligne éditoriale